Le futur des Operations de maintien de la paix de l’ONU Imprimer
Écrit par Youssef Mahmoud   
Jeudi, 07 Septembre 2017 12:04

Au moment où le G5 Sahel, avec l’appui de pays amis, veut  mettre sur pied une Force commune, le Centre4s invite à lire ce résumé d’une  présentation au Conseil de Sécurité. L’auteur, à l’Institut International de la paix IPI à New York, est ancien  membre du Groupe d’Experts de Haut niveau chargé de réfléchir sur le maintien de la paix.

 

 



 

En briefant le Conseil de Sécurité des Nations Unies le 29 août, Youssef Mahmoud, conseiller principal de l'Institut International de la Paix (IPI), a recommandé une série de changements fondamentaux. Ces changements se situent tant au niveau des approches  que des mises en œuvre que les  Opérations de maintien de la paix des Nations Unies devraient adopter pour atteindre l'objectif primordial de consolidation de la paix.


"Perenniser la paix", a-t-il noté, rappelant le rapport du Groupe Indépendant de Haut niveau sur les Opérations de Paix (HIPPO), dans lequel il a servi, est l'objectif ultime des engagements de l'ONU après les conflits. Il aussi énuméré les mesures qui pourraient être prises en vue d’assurer les changements au niveau de la réflexion et de l'action afin d’atteindre cet objectif.


La première, a-t-il déclaré au Conseil, était de se rendre compte que les pays qui sortent d'un conflit "ne sont pas des pages vierges et leur peuple n'est pas un projet". Il a dit que cela impliquait de capitaliser sur ce qui dans ces pays fonctionnait encore bien sur le plan intérieur et de reconnaitre que "toute société, même si elle est brisée, garde des capacités et des actifs, pas seulement des besoins et des vulnérabilités. "


La deuxième mesure, a-t-il ajouté, met en doute certaines des hypothèses et des conclusions qui sont à la base des dispositions actuelles des mandats des forces de maintien de la paix. Par exemple, a-t-il déclaré, le renforcement des institutions de l'Etat central, a permis d'établir les meilleures conditions pour créer la paix, mais «les institutions de l'État, dès qu'elles sont renforcées, ont tendance à être monopolisées par les élites dirigeantes nationales motivées davantage par le pouvoir pour lui-même que par la gouvernance».


La troisième innovation, a-t-il indiqué,  est d’accepter qu’une paix durable ne puisse être atteinte par les seuls moyens militaires ou techniques, mais plutôt en reconnaissant la centralité de la politique. Bien que les belligérants aient décidé, parfois sous la contrainte, de passer de la violence à la politique, la transition a souvent été très tendue. "Où les missions sont déployées dans des environnements hostiles", a déclaré M. Mahmoud, "la politique reste le meilleur multiplicateur de force".


En ce qui concerne la planification et le réexamen des Opérations de paix, il faut respecter la résilience intrinsèque des sociétés qui font face aux conflits, a-t-il dit, et au caractère régional des solutions proposées, car les facteurs d'instabilité ont tendance à être transnationaux.


Et, a-t-il ajouté en insistant," parce que les femmes et les jeunes ressentent les conflits différemment, des mesures spécifiques devraient être prises pour s'assurer que leurs perspectives spécifiques sont prises en compte dans toutes les étapes de cet exercice analytique ".


Il a finalement proposé l'élaboration d'un nouveau «Pacte stratégique» pour soutenir la paix, qui sera lancé en réponse à une demande du Conseil de Sécurité. Il décrirait les obligations du pays hôte et d'autres parties prenantes nationales ainsi que le rôle de soutien de l'ONU, et comprendrait un suivi strict de référence pour veiller à ce que les responsabilités soient assumées.


"Ce serait un cadre stratégique qui assurerait l'inclusion, l'appropriation nationale et la primauté de la légitimité politique". Ceci, a-t-il conclu, permettrait à une Mission d'exécuter son mandat de manière durable pour la paix à long terme, qu'il s'agisse de l'extension de l'autorité de l'État ou de la protection des civils ".

 

Sans ces changements fondamentaux, a-t-il averti, l'ONU "continuera à déployer des casques bleus dans des environnements hostiles avec peu ou pas de paix à maintenir, où parfois la ligne entre le maintien de la paix et l'imposition de cette paix devient floue et où l'accent principal, lors des évaluations, est en grande partie pour répondre aux exigences opérationnelles et logistiques urgentes pour des missions surchargées ".

Mise à jour le Vendredi, 08 Septembre 2017 17:30