Sahel : Bamako peut- elle tomber aux mains des terroristes ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Boubacar Salif Traoré, Directeur du cabinet Afriglob Conseil, Paris   
Lundi, 28 Novembre 2016 17:45

 

Qui aurait pu croire que, près de quatre ans - en janvier 2017-  après l’opération Serval, le Mali serait toujours dans une situation sécuritaire incertaine ?

 

 


 

Un échec visible et inquiétant


Au lendemain de de l’élection présidentielle de 2013, de nombreux observateurs avaient cru en une renaissance des forces de défense et de sécurité du Mali.


En effet plusieurs projets avaient été annoncés comme la création de deux Centres de formation dans le nord du pays (une Ecole de formation des Forces Spéciales et une Ecole de Formation Initiale pour les Officiers). Dans la foulée de la signature de l’Accord de Coopération entre le Mali et la France, plusieurs mesures avaient été annoncées, notamment une loi d’Orientation et de Programmation militaire. Entre 2013 et 2015, près de 2.500 milliards de FCFA (près de 4,7 milliards d’euros) ont été annoncés par les autorités maliennes, dans le but de réformer l’armée.


Malgré ces différentes déclarations et engagements de la part du pouvoir malien, il y a une nette dégradation de la situation de l’armée malienne, qui ne cesse de perdre des hommes. Pourquoi ?


Acte 1 : Les soupçons de détournement de fonds, suite à l’achat d’équipements militaires moins de six mois après l’arrivée du nouveau Président, ont d’emblée créé un sentiment de méfiance des militaires vis-à-vis du nouveau pouvoir.


Acte 2 : La visite du premier ministre à Kidal en 2014 a exposé les faiblesses de l’armée malienne, donc renforcé les groupes armés, qui se sont vus offrir une occasion inespérée de tester une armée qui selon les déclarations des politiques, était prête. Ce fut une catastrophe, car en plus des lourdes pertes en vies humaines (plus de 70 personnes), les positions jadis perdues par les groupes armées furent récupérées par ces derniers.


Acte 3 : La désorganisation de la chaîne de commandement consécutive aux événements liés à la visite du premier ministre a démontré une réelle incapacité des responsables de l’époque à définir une politique de défense coordonnée et cohérente. La démission du ministre de la défense de l’époque, a conduit le ministère très stratégique de la défense vers une grande instabilité, le département a connu quatre ministres en trois ans pour l’instant.


Acte 4 : L’augmentation des crimes de droits communs, des actes d’incivisme et de la justice populaire, a plongé la capitale dans une grande insécurité, voir une psychose. La sécurisation de Bamako aurait dû être achevée depuis plusieurs mois. Cette sécurisation, aurait permis, en effet, de passer à d’autres objectifs, comme la remontée sereine vers les régions du nord.


La régression de l’armée malienne. Paradoxalement et, malgré l’engagement de la communauté internationale, il y a une nette une régression de l’armée malienne. L’efficacité d’une armée est mesurable par la capacité de celle-ci à conquérir et à conserver des positions. Depuis 2013, cela n’est pas arrivé au Mali. Pire, en plus de l’absence d’une doctrine militaire, le socle, qui jadis, fut jugé mauvais par la majorité des acteurs, à savoir la politique de recrutement, n’a jamais pu être améliorée. Encore pire, les actes de disparition d’équipements militaires, naguère quasi inexistants, deviennent de plus en plus fréquents, (sans doute en lien avec le banditisme et le crime organisé).


Par ailleurs, des structures devant avoir un rôle prédominant, comme la Commission Nationale de Lutte contre la Prolifération des Armes Légères et de Petits Calibres, meurent à petit feu, faute d’un véritable Plan d’Action.


Renforcer l’Armée ou la MINUSMA?


Le Mali n’a toujours pas une armée capable d’aller à la reconquête des territoires perdus. Le gouvernement malien, au lieu de saisir l’opportunité de la présence internationale pour consolider son armée, s’est simplement contenté de croire que les forces internationales seraient éternellement présentes pour assurer la protection des maliens.


Pire, croyant que la force onusienne MINUSMA doit obligatoirement combattre la menace terroriste à sa place, les autorités maliennes ne cessent de crier au monde entier la nécessité de renforcer le Mandat de la MINUSMA. En réalité, ce mandat n’a jamais cessé d’évoluer et c’est plutôt une armée malienne efficace qui manque au dispositif sécuritaire.


Barkhane une force incertaine Certains candidats à la primaire de la droite française n’ont pas caché leur intention de retirer les forces françaises du Mali, d’ailleurs l’ancien Président, Nicolas Sarkozy, pourtant auteur de l'intervention en Libye, se posa même la question de savoir ce que l’armée française fait dans le Sahel. Par ailleurs, la multiplication des attaques contre l’armée française, par les groupes terroristes à l’approche des élections présidentielles françaises, démontre une stratégie visant à pousser l’opinion française à se prononcer en faveur d'un retrait des troupes du Sahel.


L’objectif recherché par les terroristes est de provoquer le retrait des troupes de l’opération Barkhane, car celles-ci constituent un véritable garrot autour des principales villes du nord du Mali.


La fin de Barkhane provoquerait un effondrement de l’architecture sécuritaire dans le Sahel et cela permettrait de facto aux terroristes, d’atteindre leur objectif de 2013 à savoir la prise des régions sud du Mali y compris Bamako.


Le renforcement des terroristes. On estime qu’il y aurait près de 2000 jeunes africains dans les rangs de groupes terroristes au Moyen-Orient, ces derniers pourraient avec d’autres, se replier sur la bande sahélo-saharienne. D’ailleurs, les chiffres annoncés par les groupes armés au Mali au sujet des combattants pour le cantonnement, sont édifiants, les groupes armés annoncent entre 9000 et 18000 combattants, alors qu’au début des événements, ils n’étaient que quelques centaines, cela démontre également une grande évolution du mercenariat dans la zone.


L’accord de paix devenu ‘’un cheval de Troie ‘’. La signature de l’accord qui devait initialement intervenir soixante jours après la mise en place du nouveau gouvernement, ils furent finalement signés près de deux ans après. Malgré cette signature en 2015, ces accords ne sont toujours pas mis en œuvre. La lenteur dans mise en œuvre des accords, permet à certains alliés de l’ombre des groupes terroristes de bénéficier d’une situation confortable entre Bamako et Kidal, ces derniers, en plus de bénéficier des largesses du gouvernement, bénéficient également d’un accès aux renseignements stratégiques.

 

L’avenir sécuritaire très incertain du Mali. Les autorités maliennes, en n’ayant pas su adopter une politique cohérente de défense et de sécurité, ont placé le pays dans une situation inconfortable. Aujourd’hui, la fin de l’opération Barkhane n’est pas souhaitable, mais à ce stade, personne ne peut prédire sa poursuite en cas d’alternance politique a Paris. D’ici là, il faudra surtout souhaiter qu’il n’y ait pas de lourdes pertes au sein des forces françaises. Ce serait alors un désastre pour la sécurité du Mali.


Mise à jour le Lundi, 28 Novembre 2016 17:57
 

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